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17/02/2023
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Sur les traces de Molière

Portrait de Molière, Nicolas Mignard

À la fois Argan, Harpagon, Sganarelle ou bien Alceste, Molière a su dépeindre et incarner sur un ton humoristique les vices et caractères des hommes de son temps.

Considéré comme le père de la comédie française, il a été l'un des plus grands comédiens, dramaturges et metteurs en scène français.

Partez à la découverte des œuvres et de la vie de cet illustre artiste !

Jeunesse et études de Molière

Maison de Molière rue St-Honoré ©Eugène Atget

Jean-Baptiste Poquelin, plus connu sous son nom de scène Molière, est né le 15 janvier 1622 à Paris. Fils de Jean Poquelin, tapissier et de Marie Cressé, il a connu, dès son plus jeune âge, le quartier populaire des Halles.

Toutefois, sa famille, issue de la bourgeoisie, lui permet d’accéder au milieu artistique. C’est par son oncle Michel Mazuel, compositeur de la musique des Vingt-Quatre Violons du Roi, qu’il découvre la musique.

Rien n’est moins incertain que les récits reprenant les études supposées du jeune Jean-Baptiste Poquelin.

Selon les auteurs de la préface des Œuvres de Monsieur de Molière (1682), il aurait étudié la philosophie au prestigieux collège jésuite de Clermont.

Mais d’autres réfutent cette hypothèse. Après cette période énigmatique, le jeune Molière débute sa carrière sur les planches.

Des débuts difficiles à l’Illustre Théâtre

Après avoir renoncé à la survivance de son père tapissier, Jean-Baptiste Poquelin reçoit, en 1643, un important acompte sur l’héritage maternel.

Cette enveloppe lui permet de prendre son envol alors qu’il a déjà quitté la maison familiale. C’est ici que débute réellement sa carrière de comédien.

En juin 1643, il fonde, avec les trois ainés de la famille Béjart, dont la comédienne Madeleine Béjart, l’Illustre Théâtre. Ce groupe devient la 3e troupe permanente de Paris après celle des « grands comédiens » de l’Hôtel de Bourgogne et celle des « petits comédiens » du Marais.

Représentation de Molière et Madeleine Béjart sur scène ©Musée des Beaux-Arts d'Aix-en-Provence

Après un bref passage à Rouen, la troupe de Molière trouve, en 1644, un immense succès dans la salle des Métayers à Paris. Mais ce triomphe n’est que de courte durée. La salle se vidant, Molière décide de déménager sur la rive droite de Paris, au jeu de paume de la Croix-Noire.

Ce bouleversement accroît les dettes de l’Illustre Théâtre, déjà conséquentes. Les créanciers entament des poursuites dès avril 1645 : Molière est emprisonné, pour dettes, au début du mois d’août. Grâce au soutien de son père, il recouvre la liberté et décide de quitter Paris pour la province.

De Jean-Baptiste Poquelin à Molière : les années en province

Lieux de la tournée de la troupe Dufresne-Molière ©Mcleclat

Ses tentatives pour s’implanter à Paris ayant échoué, Molière et ses comédiens décident de partir en tournée dans l’Ouest de la France. C’est à cette époque que Jean-Baptiste Poquelin prend le surnom de Molière. Mais cette entreprise ne ramène à la troupe que des dettes et des procès.

Au printemps 1646, la fortune semble de nouveau sourire à l’Illustre Théâtre. En effet, Molière et ses amis sont engagés par le grand comédien Charles Dufresne.

Ils intègrent alors la plus réputée des « troupes campagnardes » de leur temps. Entre 1646 et l'été 1658, cette troupe, parrainée par le Prince de Conti, parcourt le royaume avec un succès grandissant.

Malgré l’opposition farouche de la puissante Église face au théâtre, leurs représentations multiplient les ovations grâce à l’influence et à la richesse de ses protecteurs : les ducs d’Épernon, gouverneurs de Guyenne.

C'est en 1650, à Pézenas, dans l'actuel département de l'Hérault, que la carrière de Molière a réellement débuté. En effet, cette année était organisés, à Pézenas, les États Généraux du Languedoc. L'Illustre Théâtre y est engagé pour distraire les participants. Acclamée par le public, la troupe est remarquée par le prince de Conti.

C’est ainsi qu’en 1653, Molière donne une représentation pour le prince de Conti et sa maitresse, au château de la Grange des Prés, à Pézenas. Anciennement l'un des principaux chefs de la Fronde, le prince de Conti est devenu le troisième personnage du royaume.

Ce nouvel appui permet au groupe de comédiens, de s'attirer les regards des plus grands et de leur Cour. Grandement apprécié à Pézenas, l'Illustre Théâtre revient régulièrement dans cette ville jusqu'en 1657.

La troupe, dont Molière prend progressivement la tête, peut désormais se targuer de la protection et des largesses de « Son Altesse Sérénissime le prince de Conti ».

Le Prince de Conti ©Gilles Rousselet

Les farces, autant que les premières grandes comédies de Molière, telles que L'Étourdi ou les Contretemps ou Le Dépit amoureux, reprennent les codes de la commedia dell’arte italienne. Loin de l'ennuyante tragédie, ces pièces valent à Molière et ses amis comédiens une renommée certaine.

Au début de 1658, la troupe de Molière, considérée comme la meilleure « troupe de campagne » de France, décide de regagner Paris pour tenter de s'y implanter.

De la gloire au Palais-Royal

Portrait de Philippe d'Orléans ©Henri Gascar - Musée des beaux-arts d'Orléans

De retour dans la capitale, la gloire ne se fait pas attendre. À l’automne 1658, la troupe de Molière obtient la protection de Philippe d’Orléans dit « Monsieur », frère du roi.

Ce nouveau bienfaiteur leur permet de se produire au Louvre le 24 octobre 1658, devant le roi Louis XIV, Anne d'Autriche, Mazarin et les comédiens de l'hôtel de Bourgogne. Cette représentation est un succès total.

Forte de ce triomphe, la « Troupe de Monsieur » obtient la salle de théâtre du Petit-Bourbon qu’elle partage avec la troupe italienne Scaramouche conduite par le célèbre comédien Tiberio Fiorilli.

Le 18 novembre 1659, la première des Précieuses ridicules est acclamée par le public et la critique. Bien que fortement satyrique envers les salons de la grande société parisienne, cette œuvre devient un véritable effet de mode. Ministres, financiers et autres grands seigneurs du royaume invitent la troupe à représenter Les Précieuses dans leurs hôtels.

Le public parisien et ses illustres personnages sont conquis par la troupe et les pièces de Molière. Le 29 juillet 1660, Sganarelle ou le Cocu imaginaire, « petite comédie » en vingt-trois scènes en vers, est présentée au roi Louis XIV.

Comme toutes les autres comédies de Molière, elle obtient un franc succès. C’est tout auréolée de ce triomphe que la troupe prend ses quartiers dans la nouvelle salle du Palais-Royal à Paris.

Palais-Royal, Paris, Île-de-France ©Adobe

Après le fiasco de la comédie héroïque Dom Garcie de Navarre, Molière consent à délaisser le genre tragique pour se consacrer pleinement à la comédie qui lui réussit tant.

Acclamé par le public, cette renommée lui permet de mettre ses talents au service de la Cour. En effet, le surintendant des finances, Nicolas Fouquet, passe commande une pièce à Molière pour la fête du 17 août à laquelle il a convié le roi et sa Cour dans son château de Vaux-le-Vicomte. 

Pour satisfaire les goûts de Louis XIV, Molière invente, pour l’occasion, un genre nouveau : la comédie-ballet. Ainsi, pour créer la pièce Les Fâcheux, le dramaturge s’est associé à Jean-Baptiste Lully pour la musique, Pierre Beauchamp pour la danse et Giacomo Torelli pour la scénographie. Cette nouveauté devient rapidement un triomphe parisien.

Le temps des polémiques

L'Ecole des femmes, gravure de Laurent Cars ©François Boucher

Molière et sa troupe jouissent d’une gloire considérable ! Leurs œuvres riment avec triomphe et le célèbre dramaturge s’est forgé un nom dans le paysage littéraire de son temps.

Toutefois, certaines pièces, bien que couronnées de succès, sont jugées comme immorales par les bien-pensants de l’époque. C’est notamment le cas de L'École des femmes, quatrième grande comédie de Molière, dans laquelle il bouscule les normes établies sur le mariage et la condition des femmes.

Bien que le triomphe éclatant de cette pièce le consacre comme grand auteur, la querelle qu’elle suscite s’étale sur plus d’un an. Molière réplique aux critiques en juin 1663 en présentant au Palais-Royal La Critique de l'École des femmes.

Dans cette pièce, un des personnages, Dorante, revient sur le scandale provoqué par L'École des femmes. Faisant valoir « ses mérites d'auteur et d'inventeur de la psychologie comique », il démontre que l'art de la comédie est plus exigeant que celui de la tragédie.

S’ensuit le scandale de Tartuffe ou l’Hypocrite qui, en 1664, a opposé Molière et les représentants de l’Église. Cette satire de la fausse dévotion, en plaçant la religion sous un jour comique, scandalise les milieux dévots. Après maintes tentatives de réhabilitation de la pièce, son interdiction est confirmée par le roi Louis XIV.

Enfin, l’affaire du Festin de Pierre ou l'Athée foudroyé, violemment critiqué par le pamphlet d’un certain « sieur de Rochemont », porte Molière et sa troupe sous la protection du roi. Désormais, le groupe de comédiens prend le nom de « Troupe du Roi au Palais-Royal ».

De l’apogée du dramaturge au coup de théâtre de sa mort

Molière et ses comédiens ont réussi a imposé leur art et la comédie à la Cour du roi et à Paris. Durant quatorze saisons, entre 1659 et 1673, la troupe a joué quatre-vingt-quinze pièces pour un total de 2 421 représentations, publiques ou privées. Cette activité foisonnante permet aux comédiens et surtout à Molière de vivre aisément.

Les 7 dernières saisons du dramaturge sont également ponctuées de triomphes. En 1666, la première représentation de la comédie Le Misanthrope enchante le roi. Cette pièce a été jouée, jusqu’à la fin du règne de Louis XIV, 299 fois.

Molière reçu par le roi, par Jean-Léon Gérôme

La même année, Le Médecin malgré lui remporte un vif succès. George Dandin (1668), L’Avare (1668), Tartuffe, jouée librement en 1669 ou encore Le Bourgeois gentilhomme (1670), ne cessent d’accroître les lettres de noblesse du célèbre dramaturge. Molière, à cette époque, est au sommet de sa gloire et de son œuvre.

Le 10 février 1673, la troupe joue la première de la comédie Le Malade imaginaire. Bien qu’elle soit un énième triomphe, elle restera la dernière pièce de Molière. Souffrant d’une fluxion de poitrine depuis des années, il se serait éteint quelques heures après la quatrième représentation de la pièce.

La mort de Molière, toile de Pierre-Auguste Vafflard

N’ayant pas renoncé à son métier de comédien avant de mourir, Molière ne devait pas recevoir de sépulture religieuse. Mais grâce à l’opiniâtreté de la tout juste veuve Armande Béjart et à la précaution de l’archevêque de Paris, soucieux d’éviter tout scandale, Molière a eu le droit à des funérailles.

Bien que celles-ci se soient déroulées de nuit et sans service, Molière a pu être enterré, le 21 février 1673, dans le cimetière de la chapelle Saint-Joseph.

C’est au cimetière du Père-Lachaise que repose, aujourd’hui, un des plus éminents hommes de lettres français.

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