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13/03/2022
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L’abbé Suger à Saint-Denis : naissance de l’art gothique

Nous célébrons, en 2022, les 900 ans de l’élection de Suger au titre d’abbé de Saint-Denis, un événement qui a bouleversé le destin de cette abbaye en faisant d’elle l'un des premiers édifices gothiques de France, avant de devenir la nécropole des rois de France.

Une ascension fulgurante

Vitrail figurant l'abbé Suger à Saint-Denis © Pascal Lemaître Centre des monuments nationaux

À peine âgé de 9 ou 10 ans, Suger est placé par son père au service de l’abbaye de Saint-Denis en tant qu’oblat. Il y partage, pendant quelques mois, les bancs du futur roi de France Louis VI, qui lui conserve sa confiance et son amitié tout au long de son règne.

Élève brillant, Suger bénéficie de plus 10 années d’études pour devenir moine et monter rapidement dans la hiérarchie de l’abbaye de Saint-Denis. C’est ainsi qu’il est nommé prévôt de paroisses appartenant au domaine de l’abbaye : Berneval, en Normandie, puis Tour en Beauce.

C’est à Toury que Suger fait ses premières armes en faveur de l’intégrité du domaine de l’abbaye et du pouvoir royal. Aux côtés du roi Louis VI, il combat Hugues du Puiset, seigneur local qui tente de s’approprier des territoires appartenant à l’abbaye et au domaine royal. Finalement fait prisonnier son château est détruit.

Enluminure figurant le roi Louis VI face au pape Calixte II

Suger intègre progressivement l’entourage royal jusqu’à devenir indispensable au roi. En 1122, il accompagne même l’abbé de Saint-Germain des Prés et Louis VI pour une ambassade auprès du Pape Calixte II.

C’est sur le chemin du retour que Suger apprend la mort de l’abbé de Saint-Denis et son élection à sa succession. À son arrivée à l’abbaye, il est ordonné prêtre et puis consacré abbé le dimanche 13 mars 1122.

Des liens indéfectibles avec le pouvoir royal

Vase d'Aliénor d'Aquitaine aujourd'hui conservé au Louvre © Tangopaso

En 1124, alors que le royaume de France est menacé par une coalition germano-anglaise, Suger offre au roi Louis VI l’oriflamme de Saint-Denis. Cette bannière reste le drapeau de ralliement national jusqu’à Azincourt en 1415.

Principal conseiller et ministre de Louis VI, il est notamment chargé d’accompagner le futur Louis VII épouser Aliénor d’Aquitaine en 1137. Il est remercié pour ses services par des dons d’objets extraordinaires dont le Vase de cristal d’Aliénor qui vient enrichir le trésor de l’abbaye de Saint-Denis.

À la fin de sa vie, signe de la confiance suprême que lui accorde le roi, il devient régent du royaume lors de la participation de Louis VII et Aliénor d’Aquitaine à la IIe croisade. Á leur retour, il est nommé « Père de la Patrie » par le roi.

Chroniqueur du règne de Louis VI, il rédige les Grandes Chroniques de France, dans lesquelles il dévoile ses théories politiques sur l’importance de renforcer le pouvoir royal sur les vassaux du royaume.

Le bâtisseur de la première église de style français, dit gothique, l’abbatiale de Saint-Denis :

Vitraux figurant la pause de la première pierre par l'abbé Suger © Patrick Cadet CMN

Lors de la prise de fonction de Suger à la tête de l’abbaye, l’ancienne église carolingienne semble bien petite pour accueillir les nombreux pèlerins qui se pressent dans les chapelles pour honorer les reliques de saint Denis.

L’abbé s’appuie notamment sur les écrits de Denys l’Aéropagite, inspiré de philosophie néo-platonicienne, pour créer l’esthétique Dionysienne. Il s’inspire notamment de la phrase : « Dieu est lumière ». C’est ainsi qu’il fait agrandir la basilique de Saint-Denis en faisant entrer la lumière par un grand nombre de vitraux qui illuminent le chœur et la nef de l’église.

Dès 1135, il fait construire une façade occidentale monumentale, appelée porte royale. Inspirée par la façade de l’abbaye de Jumièges, elle est cependant percée de la première rose de l’architecture française, pour illuminer la nef. L’ensemble est consacré en juin 1140.

Il entreprend aussitôt la construction du nouveau chevet, achevé, selon Suger lui-même, en 3 ans, 3 mois et 3 jours. Là aussi, il met en application ses préceptes d’importance de la lumière.

Double déambulatoire et chapelles rayonnantes de la basilique Saint-Denis, imaginés par Suger

Le chevet compte neuf chapelles rayonnantes toutes nimbées de lumière des vitraux qui scandent la façade et dont la « lumière merveilleuse et continuelle » vient « traverser et purifier la beauté intérieure de l'église tout entière ».  

Le déambulatoire, à double circulation, est séparé par deux rangées de douze colonnes monolithes, supportant les voûtes sur croisée d’ogives, parmi les premières du royaume de France. Ces colonnes, qui symbolisent les douze apôtres et les douze prophètes, laissent entrer la lumière vers l’ancienne nef carolingienne.

 

Ce premier monument typique de l’Art français, plus tard baptisé gothique, est consacré le 11 juin 1144, en présence du roi Louis VII, de la reine Aliénor d’Aquitaine, d’une vingtaine d’évêques venus de tout le royaume et du légat du pape.

Cette innovation architecturale voulue par Suger ne tarde pas à faire école, donnant naissance aux joyaux gothiques de notre patrimoine !

 

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