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10/03/2023
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Aliénor d'Aquitaine : une vie de roman

Aliénor d'Aquitaine par Frederick Sandys, 1858 ©musée national de Cardiff

Aliénor d’Aquitaine est l’incarnation même de la figure féminine admirée du Moyen Âge : beauté, passion, force, courage et ambition.

Sa vie mouvementée, digne du meilleur roman de chevalerie, balaie les clichés sur la femme soumise que l’on imagine à cette époque.

Deux fois reine : de France puis d'Angleterre, partez à la rencontre d'une des femmes les plus influentes de notre histoire !

Mariage et divorce avec le roi de France Louis VII

Portrait de Louis VII

Petite-fille de Guillaume IX, illustre duc d'Aquitaine et troubadour, Aliénor devient héritière du duché d’Aquitaine, à la mort de son frère Guillaume Aigret, en 1130, puis duchesse d'Aquitaine à la suite de son père Guillaume X, en 1137Ce territoire est l’un des plus riches et des plus importants du XIIe siècle.

La jeune Aliénor, alors âgée de 15 ans, attire toutes les convoitises à la cour de France.

Le roi de France Louis VI le Gros comprend toute l’importance stratégique du mariage de la jeune fille. Il s’empresse de la faire convoler avec son propre fils et héritier.

Dès le 25 juillet 1137, Aliénor épouse donc Louis le Jeune et monte sur le trône avec lui quelques semaines plus tard suite au décès de son beau-père. La voici reine de France aux côtés de Louis VII !

Protectrice des arts avisée, célébrée par les troubadours pour sa grande beauté, Aliénor entretient une cour de lettrés et fascine ses contemporains… excepté le roi son époux.

Si elle donne tout de même deux filles à son mari, la mésentente du couple est de notoriété publique. Jeune et pleine de feu, la reine décide de suivre son mari lors de la deuxième croisade en Terre Sainte de 1147, un périple long et dangereux.

Durant cette épopée qui la mène à Constantinople puis à Antioche en Syrie, chez son oncle Raymond de Poitiers, elle mûrit une grande décision… À son retour, elle annonce qu’elle souhaite divorcer du roi Louis VII !

Cette annonce surprend tout le monde, mais le roi accepte et l’on invoque le prétexte de consanguinité en 1152 pour la dissolution du mariage.

Aliénor d’Aquitaine, reine d’Angleterre

Portrait d'Henri II par François Clouet © Atelier de François Clouet — Royal Collection

Débordant d’ambition, Aliénor ne reste pas seule longtemps : deux mois après son divorce avec le roi de France, elle épouse Henri Plantagenêt, duc de Normandie et futur roi d’Angleterre.

D’une dizaine d’année son cadet, ce jeune homme détient, avec elle, un degré de parenté encore plus proche que Louis VII.

Le jeune couple royal est couronné le 19 décembre 1154 par Thibaut du Bec, archevêque de Cantorbéry. Devenu reine et roi d’Angleterre, ils permettent au territoire anglais de s'étendre sur le royaume de France.

Constamment sur les routes pour visiter ses terres et celles de son nouvel époux, Aliénor voyage souvent enceinte : elle donne huit enfants à Henri, dont cinq fils !

Bien que dotée d’un fort tempérament, ces multiples grossesses l’écartent peu à peu du pouvoir.

Une reine protectrice des arts

Page du Roman de Brut de Wace

Même si de récentes études ont montré que la reine Aliénor d’Aquitaine n’était pas la grande mécène des arts tant espérée, elle reste une reine protectrice des arts.

Grande amatrice de lecture, elle est à l’origine de la traduction d’un récit historique de l’évêque Geoffroy de Monmouth.

Elle confie cette tâche au poète normand Wace qui enrichit cette œuvre pour en faire son Roman de Brut en 1155.

Composé de 15 000 vers, ce texte relate une histoire légendaire de l’île de Bretagne.

À ce chef-d’œuvre de la littérature, s’ajoute la commande de l’Histoire des ducs de Normandie au poète normand Benoît de Sainte-Maure.

Ce récit permet à la reine d’asseoir la légitimité de son pouvoir.

Conjuguant son attrait pour les arts à ses intérêts politique, la reine d’Angleterre a participé à la floraison littéraire de l’époque. Elle tient, à Poitiers, une cour entourée de lettrés où sont organisés des cours d'amour.

16 ans de captivités pour l'amour de ses fils

Sa force physique est son plus grand atout en ce siècle épique rempli de péripéties dynastiques et politiques, où le vent tourne rapidement… Éxcédée par son mari qui a fini par la tromper ouvertement avec la belle Rosemonde, Aliénor prend le parti de ses fils : Henri le Jeune et Richard Cœur de Lion, duc d'Aquitaine, lorsqu’ils décident de se rebeller contre leur père.

Cette révolte est soutenue par Louis VII, le roi d'Écosse Guillaume Ier, ainsi que les plus puissants barons anglais. Aliénor espère, avec cette manœuvre, reprendre le pouvoir des mains d'Henri II.

Une tactique qu’elle paie très cher : capturée, elle est enfermée au château de Chinon puis déplacée de forteresse en forteresse du royaume d'Angleterre. Richard lui finit par rallier son père. Ce n’est qu’en 1189, à la mort de son époux le roi Henri II Plantagenêt, qu’elle est libérée, après seize ans de captivité.

Éternelles conspirations pour le pouvoir

Comparution de Richard Cœur en 1193, vitrail de Léo Schnug, au Musée historique de Haguenau ©Leo Schnug

À près de soixante-dix ans, Aliénor doit encore arbitrer les querelles entre son fils chéri, devenu roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion, et le petit dernier parfois en mal de légitimité, Jean Sans Terre.

Richard parti en croisade, reine mère, c’est elle qui occupe la Régence, fortifie le royaume et prend les décisions importantes. Elle tempère également l'aigreur de Jean Sans Terre qui s'est rallié, contre son frère, au roi de France, Philippe Auguste.

Malheureusement, Richard ne revient pas. Et pour cause : il a été fait prisonnier de l’empereur d’Allemagne.

Ni une ni deux, Aliénor entreprend en 1194 un long voyage pour obtenir elle-même la libération de son fils, qu’elle ramène en Angleterre et réconcilie avec son frère. L’opération est un vrai succès !

Les pires épreuves attendent pourtant Aliénor. En 1199, son fils, Richard Cœur de Lion, décède à quarante ans sans laisser d’héritier, blessé par un tir d’arbalète.

Quelques mois plus tard c’est sa fille Jeanne qui meurt à son tour.

Du royaume d'Espagne à l'abbaye de Fontevraud

Aliénor souhaite assurer la paix entre l’Angleterre de son fils Jean sans Terre et la France de Philippe Auguste, sans cesse en guerre depuis des années. Elle entreprend alors le dernier grand voyage de son existence et non des moindres : elle part pour l’Espagne en 1200, âgée de 75 ans, pour aller chercher sa petite-fille Blanche de Castille destinée à épouser le fils du roi de France !

Sa mission accomplie, Aliénor lègue son héritage à son petit-fils, Henri III, puis se retire dans la magnifique Abbaye de Fontevraud où elle décède quatre ans plus tard, à l'âge de 82 ans. Les visiteurs peuvent encore revivre dans ce lieu de légendes l’épopée de la fougueuse Aliénor en admirant son tombeau ! 

Les gisants d'Aliénor d'Aquitaine et Henri II à Fontevraud ©ElanorGamgee

 

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