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La Samaritaine : histoire d’un monument emblématique de la vie parisienne

Depuis 1870, La Samaritaine fait battre le cœur de la capitale. Cet ensemble de grands magasins, fondé par Ernest Cognacq et son épouse Marie-Louise Jaÿ, fait partie de l’imaginaire collectif lié à Paris.

L’un de ses slogans, « On trouve tout à La Samaritaine », résonne encore dans les mémoires alors que le grand magasin a rouvert en juin 2021, après 16 années de fermeture.
Poussez les portes de l’Histoire et entrez dans la légende de « la Samar » !

La Samaritaine Paris, Île-de-France © Dinkum

Ernest Cognacq aux origines de La Samaritaine

Le Pont-Neuf et la Pompe de la Samaritaine, vus du quai de la Mégisserie, Nicolas Raguenet, 1777, Musée Carnavalet, Histoire de Paris, Île-de-France © Musée Carnavalet

Ernest Cognacq n’était pas promis à une telle réussite : orphelin à douze ans, il vogue d’emplois en emplois, entre son Île-de-Ré natale, Bordeaux, ou encore Marseille.
Après une tentative infructueuse de travail à Paris, il retente sa chance en 1856. Ernest Cognacq est employé par différents magasins avant de travailler à la Nouvelle Héloïse où il rencontre
Marie-Louise Jaÿ, sa future compagne.

Après la fermeture de son premier magasin, Au petit Bénéfice, Ernest Cognacq se voit obligé de rejoindre la rue.
C’est à l’angle du pont Neuf, plus précisément à l’ancien
emplacement de la pompe de la Samaritaine, qu’il installe son commerce de fortune. Gagnant en popularité, celui que l’on surnommé le « Napoléon du déballage », ouvre, en 1870, un nouveau magasin dans un local rue de la Monnaie.
En référence à la pompe à eau du pont Neuf, il nomme sa boutique
La Samaritaine. Profitant de la forte clientèle des halles et des magasins À la Belle Jardinière, l’homme d’affaires transforme officiellement son local en magasin en 1871

Portraits d'Ernest et Marie-Louise Cognacq, Jeanne Madeleine Favier, 1903, musée Cognacq-Jay Paris, Île-de-France © Musée Cognacq-Jay

La naissance des Grands Magasins de La Samaritaine

Affiche La Samaritaine été 1882

Avec plus de 800 000 francs de ventes en 1875, La Samaritaine rencontre un franc succès. Dès 1882, les ventes atteignent 6 millions de francs et dépassent même le milliard en 1925.
Conscient de la
nécessité de se renouveler pour continuer à prospérer, Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ, désormais mariés, s’inspirent du Bon Marché de Marguerite et Aristide Boucicaut ou encore du Printemps de Jules Jaluzot et Jean-Alfred Duclos.
Ils développent alors une nouvelle conception du commerce. Pour ce faire, le couple de commerçants ouvre
quatre autres enseignes, rue de Rivoli, entre 1905 et 1910. Ces quatre magasins, aménagés côte à côte dans un style Art Nouveau, attirent les passants. Les Grands Magasins de La Samaritaine sont nés.

Ernest Cognacq organise un management dit de « petits patrons » où chaque rayon est tenu par un responsable autonome. Pour satisfaire toutes les bourses et agrandir son commerce, Ernest Cognacq propose à la fois des enseignes somptueuses comme La Samaritaine de luxe, située boulevard des Capucines et des magasins plus abordables.
Mais cette quête de prospérité n’a pas entamé la volonté de l’homme d’affaires de
garantir un bien-être au travail. Surnommé « père Laborem », en référence à la devise de la Samaritaine « Per Laborem » (par le travail), Ernest Cognacq gouverne son empire avec exigence et bienveillance.

La Samaritaine Paris, Île-de-France © AdobeStock

L’empire Cognacq-Jay

Commerçants remarquables mais aussi grands collectionneurs d’art, Marie-Louise et Ernest Cognacq réunissent, de 1900 à 1925, une importante collection d’œuvres du XVIIIe siècle.
D’abord exposée à
La Samaritaine de Luxe, cette collection est léguée, en 1928, à la ville de Paris qui fonde le musée Cognacq-Jay en 1929.

Également préoccupé par les enjeux sociaux, le couple crée, en 1916, la Fondation Cognacq-Jay. Regroupant une pouponnière, une maison de convalescence, une maison de retraite, un centre d’apprentissage, un orphelinat et une maison de repos, cette institution est encore en activité aujourd’hui.

À la mort d’Ernest Cognacq en 1928, La Samaritaine passe sous la direction de son petit-neveu Gabriel Cognacq et de Georges Renand. D’année en année, La Samaritaine poursuit son développement devenant le grand magasin parisien le plus important en surface de vente avec plus de 48 000 mètres carrés. C’est dans les années 1960, au cœur des Trente Glorieuses, que La Samaritaine connaît son apogée.

Cours du Musée Cogacq Jay à Paris © Isogood

Le déclin de La Samaritaine au rachat par LVMH

Publicité septembre 1985, La Samaritaine Paris, Île-de-France © Michel Bourdais

Dès les années 1970, la prospérité de La Samaritaine s’étiole lentement. Frappée par le désintérêt de la clientèle pour certains commerces atypiques tels que l’oisellerie, le grand magasin est contraint de fermer de nombreux rayons.

La Samaritaine de luxe, ne bénéficiant plus d’une rentabilité suffisante, est transformée, en 1986, en immeuble de bureaux et commerces. Au fil du temps, la surface de l’enseigne est réduite, les dirigeants louant ses locaux à d’autres commerçants.

Devenue déficitaire en 2001, la famille Renand cède La Samaritaine au groupe international LVMH. Mais ce dernier décide de fermer le grand magasin le 15 juin 2005 en invoquant une nécessité de mise aux normes de sécurité des bâtiments.

Des grands travaux à l’inauguration présidentielle

Après 16 ans de portes closes et des travaux colossaux s’élevant à 750 millions d’euros, La Samaritaine reprend vie le 23 juin 2021. C’est une inauguration en grande pompe, en présence du président de la République Emmanuel Macron et du président du groupe LVMH, Bernard Arnault, qui marque la renaissance de l’enseigne parisienne.

Rénovée dans le respect du bâtiment initial, La Samaritaine retrouve son faste d’antan. Au cœur de l’édifice, le grand escalier conserve ses 270 marches en chêne originelles et se pare de 16 000 feuilles d’or.

Les somptueuses décorations en lave émaillée réalisées par Jourdain et Eugène Grasset ont, elles aussi, été préservées. Toutefois, la façade rue de Rivoli, trop endommagée, est remplacée par des parois de verre ondulé confectionnées par les architectes Kazuyo Sejima et Ryūe Nishizawa.

Escalier, La Samaritaine Paris, Île-de-France © J'aime mon patrimoine

La Samaritaine, un magasin historique entrant dans la modernité

Cette rénovation esthétique s’accompagne d’une modernisation de l’agencement. Pour satisfaire les nouvelles demandes de la clientèle, la quincaillerie, la mercerie et l’oisellerie sont remplacées par des rayons de mode et de beauté, une parfumerie et une joaillerie.

La Samaritaine se dote également d’un établissement de luxe : l’Hôtel Cheval Blanc. Très élégant, cet hôtel comprend un espace bien-être, des restaurants raffinés et un bar panoramique. À la fois prisé des touristes internationaux et des Parisiens, le grand magasin propose une offre mixte, le côté Seine étant dédié aux produits de luxe tandis que le côté Rivoli se concentre sur une offre plus courante et sur la restauration. Comme pour perpétuer la démarche sociale du couple Cognacq, 96 logements sociaux sont inaugurés en septembre 2021 au sein du bâtiment.

C’est donc un nouveau visage, entre patrimoine historique et XXIe siècle, qui vous attend sous la verrière de « La Samar » !

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